Livres

Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /Sep /2009 15:29

Je viens d'achever la lecture de Molloy de Samuel Beckett et j'ai adoré ! Alors oui, l'histoire peut sembler absurde et elle l'est ! Mais au-delà des mots se dessine une véritable quête. La recherche impossible de son identité. La connaissance illusoire du « MOI ». Je ne vais pas vous parler du roman en m'appuyant sur les vastes théories des rats de bibliothèques, NON ! Je vais parler de Molloy en suivant mon intuition... Je déteste ces analystes littéraires qui vous font des livres sur tel ou tel auteur sans réellement le connaître. Seule l'intuition compte, bien qu'elle ait ses failles également. On ne connaîtra jamais réellement un auteur, comme on ne se connaîtra jamais vraiment soi-même. Restons modestes et REALISTES.

La première partie du roman commence par l'histoire de Molloy qui aimerait rejoindre sa mère. Il la voit, parle d'elle, mais n'arrive pas jusqu'à elle. On peut interpréter cette première partie comme étant le drame de la naissance ! L'existence est tellement absurde que l'on aimerait retourner dans le ventre de maman. À force de rechercher l'impossible, c'est-à-dire fuir la vie, Molloy se perd aussi. Il ne s'appartient plus, ne se reconnaît plus. Il fuit la réalité et donc n'existe plus vraiment. Négation de l'être.

J'ai beaucoup aimé la façon dont Beckett parle de notre rapport à la NATURE. À un moment dans l'histoire, le personnage voyage et se perd dans une forêt. Molloy se fond dans la forêt. Il continue d'avancer car il espère, quoi ? Cela même le protagoniste l'ignore. Molloy finit par tuer un homme. Et en détruisant un autre lui-même (un humain), sa vie devient de plus en plus absurde. À Tel point qu'il finit par ne plus être. Et le « je » devient « il » à la dernière phrase de la première partie du roman...

La deuxième partie du livre est toujours écrite à la première personne du singulier. Seulement c'est l'agent Moran qui doit partir à la recherche de Molloy. Donc là, le personnage ne veut pas rejoindre sa mère, mais un être qui n'existe plus (Molloy), d'où le côté absurde de l'histoire. Moran part en bicyclette avec son fils, il perd l'usage de ses jambes. Et tout comme Molloy à la fin, il ne peut se déplacer qu'avec des béquilles...
L'image de la bicyclette est une métaphore pour décrire la théorie philosophique de l'éternel recommencement (la roue).
Moran donc tout comme Molloy, se perd dans une forêt et l'unique illusion qui puisse le maintenir en vie est l'espoir ! Mais l'espoir perdure tant que les personnages sont en mouvement.
Seulement, les deux protagonistes deviennent immobiles  par la force des choses ! En revanche Molloy qui lui s'est perdu à force de rechercher l'impossible n'a pas suivi la même voie que Moran. En effet, l'agent Moran, à la fin, se soumet. C'est dans l'acceptation de son sort qu'il parvient à survivre. Immobile il est contraint de vivre au présent sans espoir.

Par contre ce qui lui permet de continuer d'exister sans espoir, c'est l'écriture ! Car pour Beckett finalement, le seul moyen de réussir à  construire une identité est l'écriture. Les dernières pages du roman sont très poétiques et pleines de sens. Moran a tout abandonné, mais il se retrouve dans son jardin... les saisons passent bonnes ou mauvaises, quelle importance ? Moran entend le langage silencieux de la nature, du présent ! Et il écrit en dehors du temps, au-delà des mots.


Par Aurélie Lesage - Publié dans : Livres
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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 15:20
 

Je viens d'achever la lecture de L'escargot entêté de Rachid Boudjedra, j'ai adoré ce roman ! J'aime quand un système qu'il soit politique, sociologique, psychologique ou culturel est critiqué grâce à une démonstration par l'absurde. En effet, l'auteur raconte une histoire saugrenue, afin de remettre en cause une certaine façon d'agir et de penser. La légèreté apparente du récit dénonce des thèmes bien plus graves.

Il est possible d'interpréter le livre de Rachid Boudjedra de deux façons, soit on considère cette histoire loufoque comme le parcours d'un homme névrosé qui raconte ses délires dans un journal et surtout ne s'engage pas en politique (le narrateur ne cesse de le répéter). Soit on prend le livre plus au sérieux et on l'interprète comme une fable politique. Cette ambiguïté a sans doute été voulue par l'auteur lui-même.

Tout au long du roman, Boudjedra raconte les misères intérieures d'un fonctionnaire qui se croit pourchassé par un escargot. Cette allégorie permet à l'auteur de critiquer indirectement le régime algérien et la lourdeur de sa bureaucratie. Boudjedra remet en cause le dévouement absolu à l'état, ce genre de comportement affaibli le sens critique du citoyen prisonnier de ses horaires et de son travail. L'auteur remet aussi en question l'hypocrisie religieuse et la fausse impression d'un peuple heureux et épanoui. En y creusant bien, il n'en est rien, la population n'est pas heureuse.

Ce fonctionnaire entièrement dévoué à sa cause, c'est-à-dire dans le livre à la dératisation de sa ville, s'empêche d'exprimer ses émotions. Comme si elles avaient un caractère honteux. Il étouffe une partie de son humanité et du coup annihile son "être". Il vit sans être. En revanche, le protagoniste aime expliquer avec précision les procédés scientifiques pour tuer les rats. Le sadisme de l'humain est donc mis en avant. Et meurt au fil des pages la créativité du poète que porte en lui chaque être-humain.

L'escargot est une sorte de miroir de la pensée, il représente l'inconscient du narrateur, une partie de sa pensée qu'il aimerait ignorer entièrement, car celle-ci le dérange dans ses petites habitudes.

Le livre de Boudjedra est toujours d'actualité, on ne sait pas où se déroule l'histoire, ce qui nous laisse une entière liberté quant à son interprétation. L'escargot entêté est une critique de la pensée polie, prisonnière de la société.

Par Aurélie Lesage - Publié dans : Livres
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