Jeudi 26 juillet 2007 4 26 /07 /Juil /2007 19:06

   Pardonnez moi à l'avance pour l'absurdité de ce titre. En effet, comment peut-on parler de la naissance du « rien », du « néant », de « l'infini »? Le « rien » par défaut n'existe pas, et ne peut donc pas naître. En évoquant brièvement cette contradiction, on peut aisément comprendre dans quel état d'esprit pouvaient se trouver les mathématiciens grecs. Euclide n'avait jamais voulu accepter l'idée du « zéro », celui-ci était considéré comme le vide, le rien, l'inexistant. Il aurait été absurde d'utiliser une telle notion pour démontrer des théorèmes. Or il ne faut pas oublier qu'à cette époque chez les grecs, science et métaphysique étaient intimement liées. Pour les grecs l'idée même du « néant » demeurait inconcevable. 
   Ce sont les babyloniens qui ont introduit l'idée du zéro, néanmoins celui-ci n'était pas encore considéré comme un nombre, il ne servait donc pas encore à calculer. Au IIIe siècle avant J-C, le « zéro » était employé simplement comme un chiffre afin de marquer une position vide, il n'était qu'un symbole. 
   C'est en Inde vers le Ve siècle de notre ère que l'on se servit pour la première fois du zéro comme d'un chiffre et d'un nombre (c'est-à-dire qu'on s'est mis à l'utiliser pour le calcul mathématique). En sanskrit zéro se dit śūnya (çûnya), ce qui signifie « vide », « espace », ou « manquant ». Mais là encore il ne faut pas oublier que science et métaphysique sont très liées en Inde, et dans la cosmogonie hindoue l'univers s'étend à l'infini ( et l'infini est synonyme de « néant » pour les hindous), tandis que pour les pythagoriciens par exemple le cosmos est limité, fini. Cela n'est donc pas très surprenant qu'un savant hindou ait réussi à concevoir facilement le zéro comme un nombre. Car pour un hindou le « rien », le « zéro » n'est pas une absurdité, et il n'est pas contradictoire de se servir de ce concept pour développer de nouveaux théorèmes.
   Dès ce moment le zéro bien plus qu'une notion devient très utile. Avec l'apparition du zéro numérique, les indiens ont inventé l'algèbre. Grâce à ce petit nombre il a été possible de représenter n'importe quel autre nombre aussi grand soit-il. L'apparition du zéro a permis aux mathématiques et aux sciences de progresser, et de développer d'autres théories, en allant toujours plus loin, repoussant les limites d'un univers en apparence fini.

Par Aurélie Lesage - Publié dans : Philosophie
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