Dimanche 19 octobre 2008

   Ma vision de l'avenir étant si pessimiste, qu'il y a quelques années je ne m'imaginais pas devenir mère. Pourquoi faire des enfants et leur offrir une vie de souffrance, une existence noire, ensanglantée par les guerres, les abus, la pollution ? N'est-ce pas Cioran qui disait :

« Ma vision de l'avenir est si précise que, si j'avais des enfants, je les étranglerais sur l'heure.
(De l'inconvénient d'être né) »

   Je ressentais ce qu'il écrivait, les mots du philosophe résonnaient en moi, un écho incessant ou un bourdonnement à vous rendre fou martelait ma tête.
Mais avec le temps, on change. Je suis devenue mère, mes enfants sont adorables, j'avance avec eux, nous parlons, nous communiquons vraiment. Non, le monde n'est pas rose, ils le découvriront plus tard, ils ne fermeront pas les yeux, je ne veux pas qu'ils portent des œillères. Cela les empêchera-t-il d'être heureux ? Faut-il être égoïste pour être heureux ?

   À mon sens, il y a deux sortes de « bonheur » :

1) celui de l'égoïste qui oublie le malheur des autres pour ne rien ressentir et vivre sa vie paisiblement.

2) celui qui comprend pourquoi il agit de telle ou telle manière, qui comprend les mécanismes de sa pensée,  « s'auto-analyse » sans chercher à se considérer comme meilleur qu'il n'est. Celui-là connaîtra peut-être la véritable nature de son âme, et par conséquent du cœur humain tout entier. Il sera libre. Il vivra le moment présent sans détruire l'avenir de nos enfants, car sa principale préoccupation sera d'agir librement et donc moralement. Un être libre est un être qui se connaît lui-même. Il agit moralement, car il ne cherche pas à obtenir quelque chose de la part d'autrui, il aime les autres pour ce qu'ils sont, sans jugement. Il voit leur faille, leur défaut, mais il comprend pourquoi ils ont ces défauts, puisque lui-même les avaient il n'y a pas si longtemps que ça. Un homme comme Krishnamurti était sans doute parvenu à cet état de « grâce ». Le parcours est long et difficile, sans doute vivre égoïstement reste la solution la plus rapide pour ne pas se suicider.
   Cela dit, même en étant un égoïste heureux, si nous ouvrons trop brutalement les yeux, l'envie de ne plus vivre peut parfois nous submerger... et pourtant, nous pourrions tous tenter de devenir meilleurs, de changer notre point de vue, notre façon de vivre.
   Se sentir libre ou aimer vraiment sont peut-être synonyme, nulle dépendance dans cet amour, nulle envie de changer l'autre, simplement du dialogue, ce genre de dialogue qui fait bouger, réfléchir, avancer, sans contraindre son interlocuteur à adhérer à sa cause. Le bonheur est-il ici ? Toute la question est là. Et surtout est-il possible pour tout le monde ?

   Quel avenir donc pour nos enfants ?
Je l'espère un monde moins égoïste, plus « philosophe », dans lequel l'Homme respecterait la nature, les animaux, les autres. Il vivrait en harmonie avec ce qui l'entoure.
Mais l'espoir n'est-il pas vain ?

 

 

Par Aurélie Roseray - Publié dans : Philosophie
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