Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 22:41

220409.jpg Samuel Beckett : La Dernière Bande

Sur les conseils d'une connaissance sur la toile, j'ai commencé la lecture de Samuel Beckett. Je viens tout juste de finir le petit monologue « La Dernière Bande » (« Krapp’s Last Tape »), initialement écrit pour la radio, le texte a été mis en scène pour la première fois en anglais en 1958, en bonus, à la fin d'une autre pièce de théâtre.

L'auteur, Samuel Beckett a participé à la traduction française.

Texte court qui n'en est pas moins rempli de sens, un vieil homme, écrivain raté, déchu, rembobine l'histoire de sa vie. Complètement désabusé il raconte son amour perdu, ses tendances suicidaires, sa solitude. Ses meilleures années sont passées, son amour aussi...

Plusieurs phrases m'ont particulièrement marquée comme :

« Clair pour moi enfin que l'obscurité que je m'étais acharné à refouler est en réalité mon meilleur. »
ou
« Me suis traîné dehors une fois ou deux avant que l'été se glace. Resté assis à grelotter dans le parc, noyé dans les rêves et brûlant d'en finir. Personne. »
et
« Peut-être que mes meilleures années sont passées. Quand il y avait encore une chance de bonheur. Mais je n'en voudrais plus. Plus maintenant que j'ai ce feu en moi. Non, je n'en voudrais plus. »

Pourquoi ai-je tant apprécié ces extraits ? Peut-être parce que je n'arrive jamais à interpréter au sens littéral, j'ai toujours besoin de trouver un sens caché... La première phrase que j'ai citée, dit en quelques mots ce que je ressens depuis quelques années, depuis que j'ai lu Etty. L'obscurité qui est en nous n'est pas si mal, pourquoi la refouler ? C'est en l'acceptant, en la mettant en lumière qu'elle se transforme en quelque-chose de positif.

La deuxième citation présente la réalité telle qu'elle est. Et ce pronom personnel « je » qui n'est pas utilisé ! Il y a bien une raison, car oui quand la douleur est trop forte, qu'elle vous bouffe, on n'arrive pas à dire « je ». On n'est plus rien, on cherche une issue, on veut mourir... et là, personne.

Quant à la troisième citation, c'est sans doute la clé du bonheur. Oui, j'ose dire le mot « bonheur », contrairement à ce qu'on pourrait penser, le personnage de la pièce ne regrette pas son passé. Il a compris une chose essentielle : qu'il fallait vivre le moment présent. Et le feu ne s'éteint pas, il s'élève, il ne peut que s'élever.

Voilà pourquoi j'ai aimé lire ce texte, il y a plein de philosophie dans les mots de Beckett, le message est le même dans certains textes théologiques, bouddhistes et chez Etty Hillesum que j'affectionne tout particulièrement. Ces artistes, ces philosophes, ces auteurs, nous font avancer, ils nous montrent le chemin, à nous de comprendre quelle voie suivre. 

Par Aurélie Lesage - Publié dans : Livres
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