L'arbre était posé là avec adresse au milieu d'une prairie, véritable tableau vivant, il agitait ses feuilles, elles vibraient avec le vent. Iris s'allongea à l'ombre de sa verte chevelure,
elle posa sa tête sur une racine accueillante et ferma les yeux en fredonnant de doux airs mélodieux. Il faisait chaud, Iris portait une robe légère qui ondulait avec aisance au gré de l'alizé.
Elle se sentait bien, détachée de tout, heureuse d'être là. Eric devait arriver, son fiancé, son amoureux, son chéri, elle l'aimait tant. Elle l'épouserait un jour, elle le savait. Son cœur
palpitait, sa bouche chantait, sa poitrine se dressait, ses jambes dansaient, ses yeux pétillaient. Iris n'avait jamais ressenti une émotion aussi forte. L'amour, elle en avait bien entendu parlé
dans les livres, mais le vivre était encore mieux. Chaque matin elle se levait en pensant à Eric, elle dessinait des cœurs dans ses cahiers, écoutait des chansons romantiques, pleurait, chantait,
rêvait. Lui, lui, lui, elle aurait tout donné, sa chair, son âme, sa vie... ERIC, son premier amour. Elle l'attendait paisible, étendue tranquillement sous un chêne centenaire. Elle finit par
s'endormir bercée par mille rêves.
Combien de temps s'était écoulé ? Iris ne saurait le dire. Le soleil déclinait. Eric n'était toujours pas arrivé. Il aurait dû être là depuis longtemps. Elle tenta de l'appeler sur son portable,
mais tomba sur sa messagerie. Elle laissa un message. L'écran de son téléphone prenait des allures glaciales : images figées, vibrations au néant, lumières bleues absurdes. Iris n'avait pas envie
de jouer. Elle attendait qu'il sonne.
Soudain les feuilles et les branchages devinrent un abri angoissant. Le vent soufflait fort, la danse diabolique du feuillage répondait à l'écho de son ombre sauvage tournoyant sans retenue sur
l'herbe claire de la prairie. Iris avait peur. Elle tournait autour de l'arbre, regardant dans chaque recoin à l'horizon, pas d'Eric, aucun signe de vie, uniquement le chant des oiseaux qui
commençait à s'étouffer de lui-même. La nuit n'allait pas tarder à arriver. La pleine lune perçait déjà le ciel mauve et le soleil sombrait. Iris grelottait, elle n'avait pas pris de veste, les
nuits étaient fraîches par ici. Elle tenta d'appeler une nouvelle fois son fiancé, en vain. Devait-elle partir ? Pour aller où ? Chez elle personne ne l'attendait, non il n'y avait pas
d'ailleurs, sa vie était ici sous cet arbre avec Eric. Elle ne partirait pas sans lui.
La clarté du soir entièrement dissipée, Iris se retrouva dans l'obscurité presque totale, seule la pleine lune éclairait les chemins. Un craquement de branche, un bruit étrange, un hibou, elle
imaginait Eric arriver. Elle surmontait ses peurs grâce à l'espoir de retrouver son amoureux. Il viendrait son prince charmant ! Ses mains tremblaient, ses pieds s'agitaient sans raison, Iris ne
tenait plus en place, toujours à tourner autour du grand chêne. Une chauve-souris vint brusquement érafler ses cheveux, elle hurla tellement fort que ses cris résonnèrent à travers toute la
prairie. Iris ôta violemment l'animal de sa tête avec sa main. L'étrange animal tomba au sol. Il repartit une seconde plus tard. Prise de panique, la jeune fille s'agrippa au tronc de l'arbre,
elle serra très fort son corps contre l'écorce rêche du chêne, lui, son seul ami. Il ne bougeait pas, il était là, elle n'avait pas besoin de l'attendre. Le vieux centenaire était fidèle, il ne
l'abandonnerait pas. Elle se sentait en sécurité le corps serré tout contre lui, en dépit du vent qui soufflait de plus en plus fort et de l'orage qui commençait à gronder. Iris aimait être en
contact avec l'arbre, solide comme un roc ! Il la protégeait des démons, des vilaines chauve-souris, de la pluie, de... l'amour. Pourquoi n'avait-il pas appelé ? Eric l'avait abandonnée. Elle
l'aimait tant. Pourquoi ? Un profond sentiment de solitude l'envahit tout à coup. Elle ne devait plus y penser, le grand chêne était là, lui, oui le bel arbre l'accompagnait, il ne
l'abandonnerait jamais.
Le lendemain quand Eric arriva sur les lieux il ne restait plus qu'un tas de cendres. La foudre avait tout dévasté. Iris était morte. Il ne comprenait pas, ils s'étaient donnés rendez-vous
aujourd'hui et non pas hier. Que faisait-elle sous cet arbre quand eut lieu l'orage ? Il écouta son téléphone portable. Un simple rendez-vous manqué. Elle était morte à cause d'une stupide
erreur, pauvre Iris elle était si amoureuse. Eric repartit sans larmes, c'était la vie, il fallait faire avec.