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Le funambule invisible avançait sur le fil tendu de la vie. Il avançait sans savoir où il allait, il suivait un chemin tracé par ses désirs. Il pleurait souvent, parfois même un pied
trébuchait et, si l'autre pied valsait ? Tout serait plus facile. Tomber, se laisser aller dans le vide. Mais le funambule continuait à marcher, ignorant, aveuglé par ses espoirs emplis de
vanité.
Pourquoi s'obstinait-il à avancer ? L'avenir n'était rien. L'avenir donnait envie de voler, de tomber, de sombrer, de partir...
Pour rester en vie l'invisible funambule était alors obligé de se concentrer sur le présent, sur ce qu'il faisait à l'instant. Il regardait attentivement ses pieds et avançait avec de plus en
plus de dextérité.
Il avait mal, il saignait, il avait froid... parfois d'horribles nausées le paralysaient, il aurait voulu mourir. Il continuait pourtant. Le présent, le présent, le présent, il s'oubliait dans le
présent, se fondait dans le décor et naviguait laborieusement sur le fil de sa vie.
Les autres le regardaient en riant et se demandaient : pourquoi est-il si malheureux nous sommes tous des funambules après tout ?
Seulement personne n'avait vu que le funambule invisible marchait sur du fil à couper le beurre. Personne n'avait conscience que sa lumière, son art, ses talents prenaient leur source dans la
plus obscure des réalités.
Indéchiffrable...
Le funambule invisible ne savait pas où il allait contrairement à d'autres nourris de certitudes. Il ne savait pas et son âme brillait.
© Aurélie Lesage