Je viens d'achever la lecture de Molloy de Samuel Beckett et j'ai adoré !
Alors oui, l'histoire peut sembler absurde et elle l'est ! Mais au-delà des mots se dessine une véritable quête. La recherche impossible de son identité. La connaissance illusoire du
« MOI ». Je ne vais pas vous parler du roman en m'appuyant sur les vastes théories des rats de bibliothèques, NON ! Je vais parler de Molloy en suivant mon intuition... Je déteste ces
analystes littéraires qui vous font des livres sur tel ou tel auteur sans réellement le connaître. Seule l'intuition compte, bien qu'elle ait ses failles également. On ne connaîtra jamais
réellement un auteur, comme on ne se connaîtra jamais vraiment soi-même. Restons modestes et REALISTES.
La première partie du roman commence par l'histoire de Molloy qui aimerait rejoindre sa mère. Il la voit, parle d'elle, mais n'arrive pas jusqu'à elle. On peut interpréter cette première partie
comme étant le drame de la naissance ! L'existence est tellement absurde que l'on aimerait retourner dans le ventre de maman. À force de rechercher l'impossible, c'est-à-dire fuir la vie, Molloy
se perd aussi. Il ne s'appartient plus, ne se reconnaît plus. Il fuit la réalité et donc n'existe plus vraiment. Négation de l'être.
J'ai beaucoup aimé la façon dont Beckett parle de notre rapport à la NATURE. À un moment dans l'histoire, le personnage voyage et se perd dans une forêt. Molloy se fond dans la forêt. Il continue
d'avancer car il espère, quoi ? Cela même le protagoniste l'ignore. Molloy finit par tuer un homme. Et en détruisant un autre lui-même (un humain), sa vie devient de plus en plus absurde. À Tel
point qu'il finit par ne plus être. Et le « je » devient « il » à la dernière phrase de la première partie du roman...
La deuxième partie du livre est toujours écrite à la première personne du singulier. Seulement c'est l'agent Moran qui doit partir à la recherche de Molloy. Donc là, le personnage ne veut pas
rejoindre sa mère, mais un être qui n'existe plus (Molloy), d'où le côté absurde de l'histoire. Moran part en bicyclette avec son fils, il perd l'usage de ses jambes. Et tout comme Molloy à la
fin, il ne peut se déplacer qu'avec des béquilles...
L'image de la bicyclette est une métaphore pour décrire la théorie philosophique de l'éternel recommencement (la roue).
Moran donc tout comme Molloy, se perd dans une forêt et l'unique illusion qui puisse le maintenir en vie est l'espoir ! Mais l'espoir perdure tant que les personnages sont en mouvement.
Seulement, les deux protagonistes deviennent immobiles par la force des choses ! En revanche Molloy qui lui s'est perdu à force de rechercher l'impossible n'a pas suivi la même voie que
Moran. En effet, l'agent Moran, à la fin, se soumet. C'est dans l'acceptation de son sort qu'il parvient à survivre. Immobile il est contraint de vivre au présent sans espoir.
Par contre ce qui lui permet de continuer d'exister sans espoir, c'est l'écriture ! Car pour Beckett finalement, le seul moyen de réussir à construire une identité est l'écriture. Les
dernières pages du roman sont très poétiques et pleines de sens. Moran a tout abandonné, mais il se retrouve dans son jardin... les saisons passent bonnes ou mauvaises, quelle importance ? Moran
entend le langage silencieux de la nature, du présent ! Et il écrit en dehors du temps, au-delà des mots.