Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /2009 21:30

Ce matin, je me suis regardé dans la glace et, je ne me reconnaissais plus. À qui pouvait bien appartenir ce visage, de lui, d'elle ou de moi ? J'étais perdu, ailleurs.

Je ne sais plus si c'était hier ou aujourd'hui, ils l'ont tuée sous mes yeux, qu'est-ce-que je pouvais y faire ? Je regardais par la fenêtre, j'étais pas dehors. Eh puis on en voit tellement qui se font violer, tabasser, comme ça en pleine rue, moi, ça ne m'émeut plus. Je me suis caché derrière le rideau, j'arrivais pas à décrocher mon regard de la fille. Elle criait, mais c'était comme si j'entendais pas. Y avait que mes yeux qui voyaient. De toute façon si j'étais sorti, ils m'auraient fait ma fête ces salauds !

Ça fait parti du quotidien, les viols, la guerre, le sang, c'est courant ! Y a qu'à allumer la télé ! J'ai rien à me reprocher. On nous dit qu'il faut changer le monde, ce ne sont que des mots ! Qu'ils se regardent donc, ceux qui disent ça ! Eh puis, c'est pas moi qui l'ait tué cette fille ! D'ailleurs je pensais pas qu'ils l'égorgeraient, je croyais qu'ils la violeraient juste et, basta ! On n'en parle plus. Un viol c'est rien, on s'en remet vite ! J'ai jamais compris pourquoi les filles se plaignaient. Elles se plaignent toujours de quelque-chose, ce sont pourtant elles qui vivent le plus longtemps, d'après les statistiques.
 
Les gens ils veulent un monde meilleur, c'est n'importe quoi ! Le meilleur n'existe pas.

Par contre, faut pas croire, j'ai toujours de bonnes pensées pour les gens, mais quand l'horreur se présente là sous vos yeux... bah le regard il s'accroche comme une bête sur sa proie ! Pas possible autrement !

Aujourd'hui, j'ai pas envie de me raser : qui suis-je ? Peut-être que j'ai jamais été celui que je croyais être. Je ne suis rien... qu'un homme. Je me souviens seulement du meurtre. Ça m'a pourtant pas empêché de dormir. J'ai bien dormi, d'un sommeil pesant. J'ai sombré dans la nuit.

Depuis que je me suis levé je vois certains objets briller : les couteaux, les ciseaux, les lames de rasoir... Tout ce qui peut couper, brille. Ça m'attire, c'est dingue. Toutes les couleurs ont changé, je vois le monde en jaune. Et ma peau est devenue verte. Je ne suis plus humain. Il s'est passé quelque-chose cette nuit, un événement terrible qui m'a transformé. Peut-être que c'étaient les extraterrestres, c'est eux qui ont violé la fille ! J'ai rien à me reprocher ! On est en guerre ! Je suis pas un salaud... Je... Qui est devant ce miroir ? C'est pas moi, ça peut pas être moi, sa laideur me répugne ! J'ai mal à la tête. Ah ! Mes bras, ils me font mal... ! Tout est lourd, si lourd... tout ce poids qui pèse sur mes épaules. Mes yeux veulent se fermer. Mes paupières sont si lourdes. J'aimerais être aveugle. Je ne le verrai plus ce monstre, cet hideux portrait qui se reflète sans grâce sur ce miroir. C'est pas moi ce monstre ! J'existe plus. Je ne me vois plus.
 

« Quoi, quoi, quoi ! Les ciseaux ? Ouais, toi, tu me dis de les prendre ? Pourquoi ? Tu es laid, tu ressembles à un reptile. Ne me regarde pas comme ça ! Arrête ! D'accord je les prends tes ciseaux, regarde ! Et je me crève les yeux !!!! ah ah ah ! Je ne te vois plus, Horreur parmi les horreurs ! Tu es mort vieux lézard fou ! Je ne suis pas fou ! Le sang gicle et alors ? C'est mon sang et je suis sûr qu'il est rouge ? Je ressens rien. J'ai pas mal. Au contraire, je me sens mieux. Plus de reflet. Plus de visage ! Je ne me souviens plus du meurtre, c'était quand ? Hier ou aujourd'hui ? Qu'importe ça arrive tous les jours ! Je vais me soigner, maintenant. »

Au moment où j'ai cherché de quoi me soigner dans mon armoire à pharmacie, tout est tombé. Je me suis penché pour prendre du coton. Je n'avais pas mal, pas assez...
 
Je pensais avoir tué le monstre, il était encore en moi pourtant. Je le sentais. Toute mon âme devenait verte, sombre, comment m'en libérer ? Je voyais encore toutes ces couleurs alors que mes yeux pissaient le sang. Tout mon corps se vidait par ces deux ridicules petites orbites décharnés. J'ai eu très mal, d'un coup ma langue est sortie par l'œil gauche, mes mains par l'œil droit, mes intestins par les deux yeux, mes pieds, mes jambes, tous mes organes ! Tous ! Tous ! Tous !

Maintenant, le monstre est mort, seul, paralysé dans son silence. Le monstre aurait dû parler, le monstre aurait dû sortir, le monstre aurait dû courir sauver cette jeune fille...

Le monstre c'est lui, ce n'est pas moi, non ! Non ! Non ! Je ne suis pas humain. Je suis mort.

Par Aurélie Lesage - Publié dans : Mes Textes
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