Mardi 10 août 2010 2 10 /08 /Août /2010 13:07

20100810L'attrape-coeurs ou The Catcher In the Rye (rye signifie seigle en anglais) a marqué la jeunesse américaine des années cinquante. Pourquoi ce titre? Le lecteur obtient la réponse dans l'un des chapitres du roman, quand Holden, le narrateur, se trouve avec sa sœur Phoebe. À ce moment-là sa sœur lui demande ce qu'il aimerait faire dans la vie et lui répond qu'il s'imaginerait bien dans un champ de seigles avec des milliers de « mômes », il serait au bord d'une falaise et empêcherait les gamins de tomber dans le vide. Il serait l'attrape-coeurs...

Ce passage-là montre bien que Holden n'a aucune envie de grandir et veut empêcher les enfants de grandir, car ce qu'on offre aux adultes sent mauvais... Le monde des adultes n'a pas de cœur. Il a le goût du vomi.

L'Attrape-coeurs c'est l'histoire d'un gosse paumé, dépressif qui raconte ses errances et ses pérégrinations dans New-York. Issu d'une famille bourgeoise, l'histoire débute par son exclusion d'un collège privé. Holden n'aime pas les études, il déteste ce qu'on lui impose, alors il fuit ! Il fuit ce monde qui à ses yeux n'a aucune signification. Salinger raconte l'histoire d'un ado qui aimerait profiter de la vie, vivre l'instant, seulement on ne lui en laisse jamais le temps, alors il fume, il boit, il s'évade comme il peut... Car la réalité est absurde !

Le roman est prenant, parce que l'auteur en écrivant à la première personne, s'est réellement mis dans la peau d'un ado. Il écrit comme un ado et en même temps c'est plein de poésie. Holden est un « anti-héros » qui veut jouer les durs, mais dans le fond est un « trouillard ». Holden c'est celui qui ne veut pas faire semblant, parce que lorsqu'il essaye de jouer un rôle il se rétame.

Pourquoi ce désespoir ? Parce que dans la société des années 50 ou la société actuelle, car finalement rien n'a changé, il faut savoir jouer un rôle pour réussir.

«- La vie est un jeu mon garçon. (…)
- (…) Un jeu, mon cul. Drôle de jeu. Si on est du côté où sont les cracks, alors oui, d’accord, je veux bien, c’est un jeu. Mais si on est dans l’autre camp, celui des pauvres types, alors en quoi c’est un jeu ? C’est plus rien. Y’a plus de jeu.»

Quand t'es un pauvre type, faut pas jouer les pauvres types, faut faire semblant d'être un mec bien, fort, doué... Faut aller draguer les filles. Alors Holden il va voir une prostituée, mais il y arrive pas, parce que ça manque de quelque-chose, il peut pas... Il veut du vrai. Il ne le trouve pas. Il erre.

Holden aimerait juste rester un enfant... Il aimerait juste... Alors il raconte pour exorciser son mal-être, mais même ça, finit par avoir un goût amer :

« C'est drôle. Faut jamais rien raconter à personne. Si on le fait, tout le monde se met à vous manquer. »

Écrire, raconter, communiquer, est une façon de rester attacher au monde et de s'attacher malgré tout aux mensonges qui nous entourent.

Par Aurélie Lesage - Publié dans : Livres
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