Mercredi 15 septembre 2010 3 15 /09 /Sep /2010 17:09

20100915Roman de Marguerite Duras paru en 1950, écrit à l'âge de 22 ans.

 

Ce qui me vient après avoir lu le roman, c'est le mot : « prison ».

 

Joseph, Suzanne, la Mère vivent dans l'Indochine française, dans un bungalow isolé au milieu de la forêt tropicale.

 
Les enfants Suzanne et Joseph n'ont aucune liberté de mouvement. Ils sont liés à la Mère. La mère qui souffre, qui pleure, qui trime... La mère qui se bat pour ses enfants et qui en même temps est incapable de les aimer avec sérénité. C'est l'histoire d'une femme soumise au destin.

 

Duras raconte le triste sort des français laissés à l'abandon dans un pays qu'ils ne connaissaient que très peu. Pensant faire fortune, la plupart s'étaient endettés. L'auteur décrit également l'extrême pauvreté des paysans. Il y a un passage fort au milieu du récit, dans lequel elle retrace avec justesse le calvaire de la maternité. La maternité que l'on ne choisit pas, nulle contraception à cette époque-là. Les pauvres paysannes tombaient enceintes chaque année au printemps. Beaucoup d'enfants mourraient et pourtant, il y en avait toujours trop trop trop...!

 

L'écrivain a un regard net sur le statut de la femme à cette période, que ce soit en occident ou en orient. En regardant sa mère, elle voit une femme prisonnière de sa maternité, qui finalement a reporté toute son "affection" sur son fils Joseph, étant donné que le père est absent. Et en observant les jeunes femmes de la campagne tomber enceintes tous les ans, Suzanne (l'héroïne) se rend compte à quel point il est difficile d'être une femme et que finalement la maternité est une chose imposée par nature.

 

Pourtant, Duras sait pertinemment qu'une femme a le droit d'être une mauvaise mère. Pourquoi serait-elle toujours une bonne mère ? Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de ne pas aimer ses enfants, si au départ elle ne les désirait pas ?

 

Bien sûr dans ce roman Duras raconte un peu de son histoire réelle. Mais pourquoi mettre l'accent sur la Mère ? Peut-être parce qu'à cette période, l'auteur s'occupait de son fils Jean qui devait avoir deux ans.

 

Tout est lié dans une vie, sans qu'on en ait vraiment conscience. Mais finalement peu importe, seul le récit compte.

 

Un Barrage contre le Pacifique c'est également l'histoire d'une enfant de dix-sept ans voulant devenir adulte. En quête de sensualité, Suzanne découvrira peu à peu que le seul moyen d'être libre, sera d'accepter son corps de femme. Pour cela il faudra que la mère meure.

Par Aurélie Lesage - Publié dans : Livres
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