Ainsi Parlait Zarathoustra (ou Ainsi parla
Zarathoustra) est une des oeuvres les plus connues de Friedrich W. Nietzche. Résumer son texte est une chose difficile. On sent que l'auteur a écrit avec fougue, envoûté par des intuitions qui le
dépassaient.
Ce récit en apparence décousu est un texte poétique et philosophique. On peut le lire dans n'importe quel sens, peu importe... Ouvrez le livre au hasard, vous tomberez toujours sur quelque-chose
d'intéressant. Nieztche définit lui-même son oeuvre comme étant « un livre pour tous et pour personne » (Also sprach Zarathustra. Ein Buch für Alle und Keinen).
Les discours de Zarathoustra ne se répètent pas, contrairement à ce que pourrait nous faire croire la traduction française. En fait, l'on progresse dans la pensée, chaque discours représente une
étape à franchir si l'on veut avancer.
Zarathoustra est le nom avectique (vieux perse) de Zoroastre, un prophète iranien qui fonda le zoroastrisme. Son nom signifie « celui à la lumière brillante ». Cependant Nietzche dans
son récit ne nous raconte pas l'histoire réelle du prophète, il se sert uniquement de son image. Zarathoustra fut le premier à enseigner une doctrine morale distinguant le bien et le mal. Et
comme il fut le premier à créer une telle doctrine, Nietzche considère qu'il doit être également le premier à reconnaître son erreur.
Le livre est divisé en 4 parties et débute par un long prologue. Ainsi parlait Zarathoustra contient toute la philosophie de Nietzche. Dans Le Gai Savoir ou Par-delà le bien
et le mal, l'auteur veut nous éclairer sur sa pensée telle qu'elle est écrite dans Zarathoustra.
LE PROLOGUE raconte comment Zarathoustra décide de revenir parmi les hommes, alors qu'il s'était isolé dans une caverne au sommet d'une montagne. Il rencontre un premier un ermite qui a
consacré sa vie à Dieu. Zarathoustra s'enfuit, il ne veut pas avouer au vieil homme que « Dieu est mort ». Le pauvre aurait perdu toutes ses illusions ! Ainsi pour Zarathoustra,
« Dieu n'est plus la finalité de la volonté humaine, il faut que l'homme se fixe un but immanent qui passe par son propre dépassement. »
Devant une foule réunie autour de lui pour l'écouter, Zarathoustra parle alors du Surhomme et du dernier homme, en vain, personne ne le comprend. Alors il décide de ne plus prendre de disciple,
il souhaite seulement s'adresser à des créateurs. Il les nomme ses compagnons.
LA PREMIERE PARTIE est consacrée à l'enseignement du Surhomme. Elle commence par cette parabole très connue : « Je vais vous dire trois métamorphoses de l'esprit : comment
l'esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant. »
Le chameau est soumis, il porte les souffrances (c'est ainsi que les valeurs chrétiennes sont indirectement critiquées par Nietzche). Le lion est un rebelle, toujours en révolte, il détruit
toutes les théories issues du christrianisme. Une fois que tout a été détruit, alors "l'enfant" qui est en l'Homme vient au monde, cet être nouveau crée de nouvelles valeurs. Il devient un
Surhomme, il crée sans cesse. Le surhomme, selon Nietzche, agit comme "l'enfant". Il vit sa vie en créant à chaque instant.
A la fin de la première partie, Zarathoustra s'isole de nouveau.
LA DEUXIEME PARTIE du livre raconte le parcours de Zarathoustra dans les montagnes. Le thème du dépassement de Soi est très clairement abordé. C'est la Volonté de puissance. Ensuite à la
fin, un défi est lancé au prophète, celui de dire la parole vraie. Et dans un rêve l'Autre lui dit : « Qu'importe de toi, Zarathoustra ? Dis ta parole et brise-toi! » Nietzche nous
explique là qu'il faut parler, dire le vrai, le créer, au risque d'être calomnié. Ne jamais se taire ! Le Surhomme doit rester dans un état de révolte permanente. (NB. Ce qui n'est pas sans
rappeler la notion de « mécontentement » chez Krishnamurti).
DANS LA TROISIEME PARTIE le thème de l'éternel retour est abordé. Les animaux viennent lui parler et lui disent : « tout va, tout revient, la roue de l'existence tourne éternellement.
Tout meurt, tout refleurit, le cycle de l'existence se poursuit éternellement... ».
Je ne parlerai pas ici des influences qu'ont pu avoir Schopenhauer et la pensée orientale sur Nieztche. Néanmoins, ce qu'il est bon de savoir c'est que ce fameux thème de l'éternel retour n'est
pas du tout fidèle au bouddhisme. Nietzche s'en est inspiré seulement. Il s'appuie sur l'observation de la nature, pour nous dire finalement que tout est cyclique... Ni commencement, ni
fin...
C'EST DANS LA QUATRIEME PARTIE que Zarathoustra commence à rencontrer des hommes supérieurs. Il les invite à un repas. Chaque personnage représente un homme supérieur qui a détruit une
certaine forme d'idéal : Dieu, la Vérité, l'Art. Ils sont parvenus à annihiler leur idéal, mais ils n'arrivent pas à se dépasser. Aussi ne sont-ils pas de réels surhommes. Ce sont des êtres en
souffrance qui ne croient plus en rien. L'homme supérieur est pessimiste (Schopenhauer), il souffre, mais Zarathoustra ne veut pas éprouver de pitié pour ces êtres-là. Le Surhomme réalisé se doit
d'être heureux... et le livre se termine ainsi :
« … Eh bien ! Le lion est venu, mes enfants sont proches, Zarathoustra a mûri, mon heure est venue - Voici mon aube matinale, ma journée commence, lève-toi donc, lève-toi, ô grand midi
! » - Ainsi parlait Zarathoustra et il quitta sa caverne, ardent et fort comme le soleil du matin qui surgit des sombres montagnes ».
Mon interprétation est la suivante, si l'homme supérieur ne croit plus en aucun idéal, plutôt que de se morfondre dans sa douleur, il doit vivre l'instant afin de devenir un Surhomme accompli. Je
ne vois pas d'autre solution... et là, j'imagine un lien possible entre la pensée de Nietzche et celle de Krishnamurti. Pas de Surhomme heureux, sans présent ! On ne crée qu'au présent !
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